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OrgTech-Fr #4 - Aragon, la décentralisation en actes

Quatre semaines pour sortir ce quatrième numéro... c'est mauvais signe. Si la tendance se poursuit, O
OrgTech-Fr #4 - Aragon, la décentralisation en actes
Par OrgTech-Fr • Numéro #4 • Consulter en ligne
Quatre semaines pour sortir ce quatrième numéro… c'est mauvais signe. Si la tendance se poursuit, OrgTech-Fr ne sera bientôt qu'un lointain souvenir ! Nous ferons tout pour qu'il n'en soit pas ainsi
L'actualité des technologies au service des organisations ne fléchit pas, elle. Les DAOs ont la part belle ici, mais nous allons progressivement donner plus de visibilité à d'autres sujets essentiels, comme celui des plateformes coopératives, mises à l'honneur récemment à Paris à l'occasion de la première édition de Plateformes en communs !

🔍 La Une: Aragon, la fin du chemin
La fin du chemin… pas pour Aragon, mais pour notre série sur le projet dont voici la dernière partie !
Après avoir traité d'Aragon en tant que machine à créer des DAOs, puis en tant qu'espace juridictionnel, nous abordons ici des aspects plus concrets : la décentralisation de l'organisation même qui porte le projet, d'une part, et les cas d'usage actuels et à venir, d'autre part.
🎉 Le Projet de la semaine : Underscore Protocol
Git, pour les idées (et plein d'autres choses)
The Underscore Protocol est un projet particulièrement novateur, porté par Jose “Pepo” Ospina et Guillem Córdoba. Il a pour but de transformer radicalement la manière dont nous créons collectivement et partageons l'information.
Inspiré par git, le principal système de gestion de versions utilisé pour le développement de logiciel, Underscore Protocol s'applique à tout type de contenu, sans dépendance vis-à-vis du format fichier propre au code source. Il permet ainsi de décomposer un document en parties autonomes et d'utiliser chacune d'elles dans des contextes différents.
A la manière du mashup et du remix à la base des pratiques transformatives artistiques, le protocole ouvre la possibilité à chacun de créer du contenu hybride, associant une création propre à celle d'autres personnes, et d'ouvrir à son tour sa contribution à d'autres réutilisations. Les liens entre contenus peuvent faire l'objet de mise à jour automatique, ou bien chaque réutilisation peut vivre une vie autonome, à la manière d'un “fork”.
A côté d'un texte canonique, comme un article sur Wikipedia, le manifeste d'un parti politique, ou un projet de loi, peuvent ainsi émerger des versions alternatives et autonomes, pouvant être fusionnées dans le contenu original, ou bien adoptées par leur propre public !
Le mécanisme est abstrait, puisqu'il s'agit d'un protocole, mais les applications sont innombrables. Son utilisation dans le cadre de DAOstack est aujourd'hui à l'étude. Voici une petite video pour mieux en saisir certaines possibilités.
🗞 Actualités des projets
Forum des plateformes coopératives
Le premier Forum des Plateformes Coopératives a eu lieu à Paris le 11 octobre dernier, à l'initiative de la Coop des Communs. Le mouvement du coopérativisme de plateforme a été initié aux Etats-Unis en 2014, à l'initiative de Nathan Schneider et de Trebor Scholz, à la suite d'une critique de l'économie collaborative développée par ce dernier.
Le forum a réuni représentant des plateformes coopératives, chercheurs, et acteurs publiques au fil de conférences et d'ateliers sur différents thèmes : circuits courts alimentaires, tourisme et habitat, mobilité et logistique, etc.
Entre communs et coopératives, les plateformes coopératives participent pleinement de l'orgtech. Elles rendent possibles de nouveaux modes de production et de distribution de la valeur et mettent la gouvernance collective au coeur de leurs pratiques. A l'avenir, j'espère pouvoir couvrir davantage leur actualité dans cette newsletter !
Une chaine indépendante pour Aragon
Aragon va se doter de sa propre blockchain, basée sur de la preuve d'enjeu (“proof of stake”). La nouvelle n'est pas une totale surprise, après l'intérêt manifesté à Polkadot en début d'année, mais elle est tout de même marquante. Les liens entre Ethereum et Aragon étaient (et demeurent) en effet très étroits et ce genre de décision peut facilement tourner en controverse.
Les raisons invoquées sont pour une part relatives à l'état d'Ethereum : problèmes de scalabilité entrainant des hausses imprévisibles du coût des transactions, immaturité de la plateforme occasionnant des régressions sur les smart contracts en production, horizon encore lointain (2021/2022) d'Ethereum 2.0. Par ailleurs, la sécurité de la nouvelle blockchain reposera sur le staking d'un token spécifique appelé ARA, obtenu en déposant des ANT (le token du réseau Aragon) dans une bonding curve Aragon Fundraising —relisez cette phrase lentement, ou bien passez à la suivante 😁. L'important est que ce système crée une nouvelle utilité au token ANT et offre également une motivation économique à la création de la blockchain Aragon.
La technologie retenue est celle d'Ethermint (une EVM fonctionnant sur le protocole de consensus Tendermint) pour offrir la compatibilité d'aragonOS et des applications existantes, et de Cosmos pour autoriser l'interopérabilité entre les DAOs sur la nouvelle chain et le reste du monde, en particulier… Ethereum!
Aragon continuera à développer sur Ethereum. Aragon Court sera lancé prochainement sur Ethereum, et chaque organisation pourra faire le choix de déployer sur Arachain ou sur Ethereum en fonction de ses propres contraintes de performance, de coût, de sécurité et d'interopérabilité.
La décision de développer Aragon Chain est soumise cette semaine au vote des détenteurs de tokens ANT, dans le cadre de l'AGP trimestriel.
De nouvelles applications Aragon en test
Les flocks Aragon Black et Autark viennent de déployer sur le réseau de test Ethereum Rinkeby les versions publiques de leurs applications. Aragon Fundraising, développé par Aragon Black, est une implémentation du modèle DAICO proposé par Vitalik Buterin, combinaison d'ICO (levée de fonds en tokens) et d'une DAO, ici utilisée pour conférer aux investisseurs un contrôle dans la durée sur l'emploi des fonds.
Open Enterprise regroupe plusieurs applications destinées à rémunérer les membres d'organisations Aragon, selon des modalités particulièrement utiles aux communautés open source. Il est ainsi possible de créer des bounties, de définir et d'allouer des budgets et de distribuer des dividendes aux membres d'une DAO.
Trojan DAO, premier prix Token Engineering à Diffusion
Trojan DAO a pour objectif de soutenir la création artistique indépendante, en en décentralisant le financement. Le projet associe une bonding curve à un modèle de DAICO, à l'instar de l'application Aragon Fundraising évoquée précédemment. Toutefois, Trojan DAO n'utilise pas Aragon, mais un fork de Moloch DAO.
L'équipe de TrojanDAO a gagné le premier prix du hackathon Diffusion à Berlin, catégorie Token Engineering. L'article d'Angela Kreitenweis détaille les principales caractéristiques du travail présenté et effectué à Berlin.
Pour un aperçu concret du travail mené par Trojen, voici un compte-rendu de l'installation INTERFACE organisée par Trojan et Blocumenta à la Devcon d'Osaka.
A propos de Wikipedia
Pas une nouvelle à proprement parler, mais un excellent thread d'Eleftherios, co-fondateur de radicle. Eleftherios souligne les différences entre Wikipedia et les projets blockchain en matière de consensus décentralisé. Wikipedia favorise l'établissement de la réputation de chaque participant au travers un grand nombre de petites contributions au fil du temps. L'influence de chacun est ainsi le résultat de l'histoire longue de ses interactions avec la communauté, disponible publiquement sur le wiki. La résolution des désaccords est également publique et incite naturellement la civilité et à la recherche de solutions amiables. En conséquence, la réputation associée à un profil pseudonyme lui donne une grande valeur, sans pour autant nécessiter une divulgation de l'identité physique de la personne, ni requérir la menaces de mesures punitives comme le slashing de la mise d'un validateur dans un système de preuve d'enjeu. Eleftherios touche également à la rétention des utilisateurs éditeurs en raison des efforts investis à établir leur réputation, à la gouvernance “lente” de Wikipedia, et à la valeur reconnue aux itérations et à l'adaptation constante, plutôt qu'à la finalité des transactions comme dans les blockchains.
Vulnérabilité des DAOs ploutocratiques, le cas MolochDAO
Burak Arikan rappelle la vulnérabilité des DAOs dont les décisions sont votées en fonction du nombre de parts tokenisées de chaque membre, en s'appuyant sur une analyse de MolochDAO. Ces systèmes ploutocratiques (les parts en question étant le plus souvent achetées), les participants détenant un nombre élevé de parts peuvent d'autant plus facilement imposer leurs vues que que la proportion de votants est faible. Burak mentionne le système de “quorum adaptatif” proposé par Polkadot pour limiter ce risque : la majorité requise est dynamiquement fixée en fonction du nombre de votants.
Je profite de cette mention de Moloch pour signaler un nouveau fork, OrochiDAO, dont le but est gérer le sponsoring d'événements publics.
⚖️ Juridique
Fonds de dotation et DAO Charter
La plupart des DAOs actuelles n'ont pas de personnalité juridique, ce qui n'est pas sans poser certains risques pour leurs membres, en particulier lorsque ceux-ci ne sont pas anonymes et lorsque des sommes importantes sont confiées aux smart contracts qui les font fonctionner.
La réflexion sur le statut légal des DAOs est très active. Vlad Zamfir en a rappelé l'importance à la Devcon d'Osaka, en engageant les développeurs d'Ethereum à se saisir proactivement de cette question, sous peine d'être démunis lorsque les gouvernements décideront de le faire. Ethereum, comme toute blockchain publique, peut être considérée comme une forme de DAO.
Cette semaine, nous relevons deux nouvelles utiles à ce débat.
En France, un article de Lorène Lavocat pour Reporterre présente un outil juridique peu connu, le fonds de dotation, qui permet la propriété collective d'un bien, transformant ainsi la propriété privée en propriété d'usage. Le fonds de dotation est aussi facile à créer qu'une simple association et permet une défiscalisation de 66% des dons reçus, à la condition qu'ils soient consacrés à des initiatives d'intérêt général. Comme pour une association, la gouvernance est décidée par les créateurs initiaux de la structure ; il est tout à fait possible de doter le fonds d'une gouvernance collective à base de smart contracts. Le fonds de dotation semble ainsi constituer une piste particulièrement intéressante pour donner une enveloppe légale à une DAO associée à un commun.
Gabriel Shapiro, un avocat américain, propose une approche différente consistant à écarter la constitution d'une personnalité légale indépendante associée aux DAOs, et à introduire la notion de “DAO Charter”, qui établit que les smart contracts référencés constituent la seule méthode de détention, d'allocation et de transfert des actifs de la DAO,et de ratification des décisions votées par les membres. L'objectif est de conférer au seul code la force juridique d'un contrat de droit privé, à la différence de l'approche “Ricardienne” qui consiste à faire correspondre un contrat traditionnel avec son équivalent logiciel.
🗳Citoyenneté numérique
Le peer-to-peer au service de la mobilisation citoyenne
Face à des mouvements sociaux et citoyens, tous les gouvernements sont tentés de bloquer Internet et les réseaux sociaux afin de neutraliser les tentatives de coordination à grande échelle de la population. On voit cette censure à l'oeuvre de façon préventive et permanente, dans les régimes totalitaires comme la Corée du Nord, la Chine ou l'Arabie Saoudite. On le voit également en temps de crise ou d'élections. Le rapport 2018 de “Freedom on the Net” indique ainsi que la moitié des pays dont les libertés d'accès ont été réduites étaient en période d'élection.
Depuis Snowden, on sait que la surveillance d'Etat n'est pas cantonnée aux régimes autoritaires. On pourrait aussi bien inverser la proposition, en suggérant que l'autoritarisme pointe son museau dans nos pays démocratiques, sous couvert de la lutte contre le terrorisme ou de toute forme de contestation jugée trop radicale.
En Espagne, les revendications vis-à-vis de l'indépendance de la Catalogne ont également conduit à la censure par le pouvoir central des sites associés au référendum de 2017. A l'annonce de sévères condamnations des leaders indépendantistes catalans, de nouvelles protestations ont soulevé Barcelone. Cette fois, la révolte s'organise via les moyens de communication décentralisés du mouvement Tsunami Democratic. A l'instar de l'app Bridgefy utilisée à Hong Kong, ou de Berty en cours de développement en France, l'app mise à disposition par Tsunami Democratic permet de constituer un réseau résilient vis-à-vis du pouvoir politique et policier. Wired en décrit les principes de fonctionnement et souligne le potentiel des technologies pair à pair dans l'organisation des mouvements de défense des libertés civiles. Evidemment, ces technologies seront utilisées également par d'autres groupes et à d'autres fins, défiant constamment les méthodes traditionnelles de censure et de surveillance des réseaux.
🧠 Recherche et Réflexions
Pour une nouvelle cosmologie des organisations
Simone Cicero, créateur de Platform Design Toolkit, formule une critique essentielle à propos des organisations conçues aujourd'hui comme des machines autonomes, déconnectées du monde qui nous environne, en établissant le lien avec le cadre étroit de nos représentations et l'individualisme foncier qui caractérise nos identités. Seule une réintégration véritable des organisations dans l'environnement naturel et humain qui les nourrit permettrait de changer la relation prédatrice qu'elles entretiennent avec lui.
Aborder l’ingénierie de conception des tokens
Stephen Young propose une introduction à la science naissante du token engineering, en rappelant qu'elle s'inscrit dans le cadre des approches systémiques. Il évoque notamment les outils du Platform Design Toolkit pour penser l'ensemble du système, les diagrammes de flot et autres outils de modélisation, la construction d'un modèle et son évaluation avec cadCAD.
Revue du 3ème financement quadratique de Gitcoin
Le financement quadratique est une méthode décentralisée de fléchage du financement des biens publics, proposée par Vitalik Buterin, Zoë Hitzig et Glen Weyl. Elle consiste à allouer un fonds à un ensemble de projets en fonction des montants et du nombre des donations individuelles effectuées lors d'une campagne préalable. Au lieu de calculer l'allocation de façon proportionnelle aux sommes réunies par chaque projet, le nombre de contributions est pris en compte (les montants reçus sont proportionnels au carré de la somme des racines carrées des donations individuelles).
Vitalik partage une analyse fouillée des résultats d'une nouvelle campagne de ce type menée par Gitcoin, en saluant notamment les résultats en faveur de projets moins élitistes que ceux que la fondation Ethereum finance. Il termine en suggérant l'avènement prochain du “freelance quadratique”, ou travailleur indépendant oeuvrant pour le bien public et financé par ce système garantissant la pertinence et la transparence de l'allocation de fonds publics ou de donations.
Une question de réputation
Un article passionnant par, une fois n'est pas coutume, une équipe française 🇫🇷, nos amis de Blockchain Partner (même si l'article est en anglais 🤗 ). Y est présenté un système de réputation s'appuyant d'une part sur la validation décentralisée des attributs (“claims”) propres aux modèles d’identité décentralisée, et d'autre part sur la modélisation des flux, en raison du caractère transitif de la réputation (“j'accorde plus de confiance à l'ami d'un ami qu'à un inconnu”).
Le système proposé utilise la blockchain pour y stocker des claims sous la forme de ratios de confiance, le caractère public de l'infrastructure permettant à chacun de vérifier leur validité et de recalculer un coefficient agrégé. Une implémentation pilote du protocole a été réalisée à l'occasion du hackathon The Graph et est disponible sur Github.
📆 Calendrier
Pour finir
🙏 Merci à Nicolas LoubetLuke Duncan et John Light pour leurs contributions. N'hésitez pas à partager vos news par email ou via twitter.
Cette newsletter a été écrite par PhilH. Si vous avez apprécié cette édition, merci de la partager sur vos réseaux !! ❤️
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